François Hollande et le défi des élections municipales et européennes

 

Lors d’un sondage du 6 février, 19% des sondés avaient confiance en François Hollande pour « résoudre les problèmes qui se posent en France actuellement », taux en déclin depuis juillet 2012, alors le Président nouvellement élu jouissait d’un taux de confiance de 55%. Ce taux de confiance historiquement bas a été publié quelques semaines après son revirement vers le soutien de l’économie par une politique de l’offre, le 14 janvier.

La transition du Président vers une politique de droite, à la fois au niveau des valeurs (il a tenu sa promesse de légaliser le mariage entre personnes de même sexe, mais la loi sur la procréation médicalement assistée est reportée sine die) et de l’économie (le départ de Delphine Batho du ministère de l’Environnement due à l’insuffisance de la loi sur la transition énergétique et le ‘pacte de responsabilité’ étant de bons exemples), est critiquée par l’aile gauche du PS, et provoque des tensions au sein de la coalition avec EELV, qui a deux sièges au gouvernement. Cependant, ce changement de cap n’est pas surprenant en soi, puisque Hollande a été élu lors des primaires socialistes car il était le candidat le plus à droite au sein du PS, et de ce fait considéré comme le plus à même de battre son rival de 2012, Nicolas Sarkozy.

L’adoption de cette nouvelle politique, qualifiée par la presse de sociale-démocratique-libérale, a été annoncée peu de temps avant sa visite d’Etat aux Etats-Unis, où les talents de politique de Hollande ont été mis en avant par Barack Obama, lorsqu’il en avait le plus besoin du fait de l’insatisfaction croissante des Français quant à la politique menée, y compris au sein des électeurs de gauche. Outre-Atlantique, et particulièrement dans la Silicon Valley, il a mis en avant sa nouvelle orientation politique plus favorable aux entreprises et tenté d’attirer de nouvelles entreprises et investissements.

Etonnamment à première vue, la chute du PS dans les sondages ne bénéficie pas à l’UMP, et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, la campagne pour la présidence de l’UMP entre François Fillon et Jean-François Copé a été fratricide, et perçue comme puérile, incompatible avec la dignité nécessaire à un potentiel chef d’Etat. Deuxièmement, les partis politiques de centre-gauche et centre-droit, PS et UMP, continuent la politique de l’autre avec peu de différences (Le Monde et Le Figaro, journaux de centre-gauche et centre-droit, ont récemment montré que la politique relative à l’apprentissage de la ‘théorie du genre’ à l’école était hypocrite, car l’UMP avait préparé une politique similaire à celle que François Peillon, actuel ministre de l’Education Nationale, veut mettre en place), ce qui induit que l’un ne peut pas être une alternative à l’autre. Dernièrement, il y a un climat de défi politique, qui profite principalement au parti d’extrême-droite de Marine Le Pen, dont le discours social, anti-immigration et anti-corruption au sein de la sphère politico-médiatique, l’ « establishment », trouve un écho dans une part grandissante de l’électorat. Paradoxalement, le nouveau programme du FN est plus populaire depuis l’ascension de Marine Le Pen à la tête du parti – en 2011 –, qui rapproche son programme de celui du parti allemand NSDAP de 1933, tout en ayant une stratégie de dédiabolisation mise en place pour se défaire de la réputation xénophobique accolée au parti depuis que Jean-Marie Le Pen, son père, était à la tête du FN. Les affaires d’évasion fiscale de l’ancien ministre du budget Jérôme Cahuzac, le revirement de jurisprudence du Conseil d’Etat sur la protection des libertés fondamentales dans l’affaire Dieudonné, le retardement de la mise en œuvre de la loi contre le cumul des mandats, n’ont fait que nourrir le sentiment d’écart entre les citoyens et le monde politique.

Du fait de ce lourd climat politique, les résultats des élections municipales de mars 2014 sont difficiles à prévoir. Le PS a traditionnellement de bons résultats lors de ces élections, mais le taux de confiance extrêmement bas de François Hollande et son parti risquent de créer une exception à la règle. La nouveauté de ces élections peuvent être la fin ou la mise de côté du bipartisme étant donné que, même s’il n’aura probablement pas de majorité au Sénat (les Sénateurs étant élus par les représentants des collectivités locales), le FN aura sans doute plus d’élus municipaux qu’il n’en a jamais eu. Les résultats de ces élections vont probablement être très importants dans la détermination des stratégies pour les élections européennes.

Nous avons parlé de la situation difficile de François Hollande en politique interne ; c’est aussi le cas sur la scène européenne, les deux étant liés. En effet, les traités et lois européennes, comme le pacte fiscal, empêchent le Président français de mener la politique qu’il veut, ou que d’autres voudraient le voir mener. En tant que Président de centre-gauche dans un continent composé d’une majorité de chefs d’Etat et de gouvernements de centre-droit, il est obligé de faire des concessions sur sa politique économique et budgétaire afin de maintenir une cohérence au sein de l’Union Européenne. De plus, la délicate situation économique de la France le mettent dans une situation difficile, car il est observé par les autres chefs politiques, qui ne veulent pas voir la France retourner en récession, ou être trop endettée, car ils devraient la soutenir économiquement.

De plus, le moteur franco-allemand a besoin d’une cohérence d’opinions entre le Président Hollande et la Chancelière Merkel, et le déséquilibre entre leurs influences respectives force Hollande à lâcher plus de lest que son homologue d’outre-Rhin, au nom de l’intégration européenne. Finalement, une part décroissante de la population soutient l’intégration européenne, ce qui contraste avec le besoin d’une intégration plus profonde, est un vrai défi pour les leaders politiques pro-européen lorsqu’il s’agit de donner davantage de compétences à Bruxelles, adopter des modes de prise de décision plus fédéralistes et négocier des politiques comportant, parfois, des volets impopulaires.

 

Écrit par Rémy Roche

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